Meurtre sans éclats !

langage d'une esthétique particulière

Meurtre sans éclat ! raconte dans un contexte de crise, celui des années trente, l'enquête d'un meurtre ainsi que plusieurs cheminements vers la liberté.



Renaud est un inspecteur normand en vacances dans le Sud de la France et il séjourne dans un château qui sert de pensionnat à de jeunes adolescents. Il n'apprécie guère la jeunesse qu'il considère comme inconsidérée, imprudente, orgueilleuse, passionnée, irréfléchie parfois mais est obligé d'évoluer dans cet environnement et en profite pour observer. Il rencontre une jeune fille, Francine, tyrannisée par une autre, Agathe. Puis, il découvre deux jeunes hommes, deux amis, dont l'un, en réalité, exerce une domination sur l'autre. Une histoire d'amour semble naître et, entre amitiés et jalousies, les relations ne deviennent plus que des échanges hypocrites d'un côté et de l'autre, des attaques verbales très virulentes. Une agression pendant la nuit sur la personne d'Agathe force Renaud à improviser un interrogatoire, sans résultat, d'autant plus que la fille de l'inspecteur arrive un soir alors qu'il ne l'attendait pas. Les langues se délient de plus en plus, rapidement et facilement ; certains commencent à s'émanciper tandis que d'autres s'enferment dans une sorte de ressentiment, de mutisme,... jusqu'à ce que l'un d'entre eux soit assassiné. Renaud mène donc une enquête, beaucoup plus sérieuse, aidé d'un homologue provençal. [...]


Effectivement, le spectacle n'était pas complétement morbide, il y avait quelque chose d'artistique: ses yeux étaient couverts d'une horreur peu banale; la mort ne lui avait pas provoqué de mal, de douleur physique. Ses traits étaient sereins, comme si elle avait été préparée à la mort, mais son regard trahissait le sentiment qu'elle avait eu lors de sa mort, une expression figée, le vide. Lorsqu'on lui avait enlevée la vie, elle était triste. Elle tenait un cadre, ̵enfin ce qu'il en restait ̵dans la main droite, sa coiffure avait été défaite partiellement, quelques mèches s'étaient détachées. Elle avait le bras droit appuyé sur le lit et sa tête reposait sur son épaule. Elle était affalée sur le lit, les genoux repliés. Des morceaux de verres l'entouraient, il y en avait en plus grande quantité sur le pas de la porte. Un morceau de verre -tranchant- lui avait été planté comme un pieux en pleine poitrine. Son corps était rigide mais paraissait prendre la pose. Elle était bleuâtre mais au cou, elle tenait une marque de pression forte violette: on l'avait étranglée avec rage et puissance. Cela avait été efficace et il n'avait pas fallu beaucoup de temps pour lui ôter la vie.

- Quel spectacle! remarqua Théophile, une belle créature qui nous quitte. Un tableau du « Cœur retirant la vie à la jeune âme ». C'est formidable et à la fois affreux. Une mort non pas commise pour faire mal mais pour... comment dire?

Le jeune homme réfléchit un instant, il se tenait près de Renaud qui analysait la scène. Son enfièvrement à ce moment-là était exagéré, poussé, presque forcé; il perdait pieds. Renaud s'exaspéra. Margré tout, il nota dans la voix du jeune homme, après observation, des tremblements et des notes basses, voire graves. Dans le fond, ce jeune Marnier n'était pas insensible ni même hystérique de joie, d'ébahissement, d'engouement, il en souffrait. La vraie émotivité se taisait, il l'étouffait. - C'est un geste digne, on dirait,... reprit-il effleuré par une brèche de monotonie. Il se tut et, de son air le plus nostalgique, il regretta son fol emportement. Sa physionomie prit une apparence plus douce.

Le jeune homme réfléchit un instant, il se tenait près de Renaud qui analysait la scène. Son enfièvrement à ce moment-là était exagéré, poussé, presque forcé; il perdait pieds. Renaud s'exaspéra. Margré tout, il nota dans la voix du jeune homme, après observation, des tremblements et des notes basses, voire graves. Dans le fond, ce jeune Marnier n'était pas insensible ni même hystérique de joie, d'ébahissement, d'engouement, il en souffrait. La vraie émotivité se taisait, il l'étouffait. - C'est un geste digne, on dirait,... reprit-il effleuré par une brèche de monotonie. Il se tut et, de son air le plus nostalgique, il regretta son fol emportement. Sa physionomie prit une apparence plus douce.

- ...seulement pour taire, faire disparaître quelque chose, finit-il de son ton le plus naturel. - Elle s'est tuée? demanda Agathe Geoffroy en entrant avec précipitation dans la pièce. - Non, je ne le crois pas... dit Renaud. L'inspecteur se tourna vers un coin et aperçut au fond de la chambre, assis dans un fauteuil face à la fenêtre, une forme humaine. Il entendit des pleurs, des cris et des questions. Il s'approcha et vit Sylvestre Lombard; ce dernier leva la tête et demanda simplement sans attendre la réponse, car il savait -il n'y avait pas de réponse:

- Pourquoi? Puis, il sortit de la chambre plus démuni, anéanti que jamais. Renaud soupira impuissant et déclara à haute voix à lui-même: - Elle avait raison, quelqu'un,... Puis il se tut, comme pour ne pas avouer aux autres les confidences que lui avait faites la demoiselle. Enfin lucide et décidé, il sortit mais rentra à nouveau dans la pièce et questionna Théophile: - Personne n'a rien touché et c'est vous qui l'avez découverte sans oublier -qu'en brave hommevous avez prévenu la police?

- La police? se récria Théophile stupéfait. Vous plaisantez, c'est vous la police! Renaud commença à s'énerver; il marmonna. Ce jeune homme avait l'air bien trop lyrique et léger à son goût. Il n'était pas le même que les autres jours. Le normand hésita à le sermonner -pris en tenaille entre le oui (il le mérite) et le non (il ne le mérite pas)-, et se retint finalement: il ne voulait pas se confronter à l'admiration du jeune homme pour le crime.

- Dites donc, croyez-vous que l'assassin se trouvera si la police ne fait rien? Je ne suis qu'unmembre de cette institution, déclara t-il avec une ironie placide. J'ai besoin d'un médecin légiste, de policiers qui encadrent le secteur et le surveillent. Personne ne doit bouger d'ici tant que le meurtrier courra.

- Je vais de ce pas prévenir la police, monsieur l'inspecteur... je suis stupide de réagir avec tant dedétachement et de frivolité, réagit enfin normalement Marnier, après un silence.

Il descendit. Renaud resta seul avec Agathe Geoffroy. Celle-ci s'affala sur un des fauteuils de la pièce. Aucune expression ne transparaissait sur sa figure, puis elle manifesta un mépris vélléitaire: - Quel cauchemar! s'exclama t-elle plus froissée qu'ulcérée, Cela me choque,... comment peut-on en arriver là? Agir de la sorte est scandaleux! C'est ignoble! Le meurtrier a bien frappé une nouvelle fois... Elle me fait de la peine, la pauvre, finir ainsi sa misérable vie... Elle me fait pitié.

- Tout dans les paroles! murmura à lui-même Renaud -puis à celle-ci avec vigueur- êtes-vous unepersonne sensible, émotive ou êtes-vous sensitive, impressionnable?

Elle parut heurtée puis offusquée:

- Comment? fit-elle avec de gros yeux. Vraiment je ne comprends pas, pourquoi cette questionsaugrenue?

Elle jeta un regard du côté de l'homme pour vérifier si elle ne disait pas de bêtises; elle ne savait pas si elle avait bien compris. Elle se rabougrit, puis, pensive et avec une immense arrogance, elle décréta: - Je dois être un peu de tout. C'est vrai les choses me touchent au plus profond, en mon forintérieur. Je ne supporte pas la vue d'un malheur. - Belle définition, persifla froidement Renaud. Cela par contre le scandalisait.

Le jeune Théophile fut de retour quelques minutes plus tard, il entra prestement, puis hésita car il avait l'impression qu'il gênait la discussion. Renaud lui fit un geste de la main, puisqu'il ne dérangeait pas la conversation: Agathe Geoffroy se lamentait toute seule de façon larmoyante, ce qui impatientait l'inspecteur. Le jeune homme s'avança alors et annonça que la police arrivait dans quelques minutes. Renaud les fit sortir et recommanda à ceux-ci de ne pas entrer avant que la police n'intervînt; il souhaitait que la chambre restât fermée à clé. Théophile alla chercher la clé lorsque le policier se rendit compte qu'il ne l'avait pas et Agathe Geoffroy retourna à sa chambre.

Tandis que l'inspecteur attendait devant la porte, Sylvestre Lombard réapparut et désira entrer mais Renaud l'en empêcha. Le jeune homme insista, véritablement désireux de la voir. Il prétendit que cela allait le revigorer et que c'était le meilleur hommage qu'il pût donner: un moment de recueillement devant le corps. Il obtint l'autorisation de Renaud qui se laissa attendrir: il était vraiment touché par l'état psychologique et moral du jeune homme, il était frêle et affecté au plus profond de son corps, ce grand gaillard costaud, bien bâti, tremblait comme une feuille morte. Il fallait croire que sa prétention n'était pas à la hauteur de son émotivité aussi grande.

- Je n'ai même pas eu le temps de lui dire au revoir hier soir lorsque nous nous sommes quittés, dit-il enfin avec plus de force. Si j'attrape le salaud qui l'a frappée, je ferais tout pour que sa peine soit au niveau de son horreur; elle récupérera sa dignité. Son honneur est sali, il payera! Il n'aura que ce qu'il mérite!

Ils entrèrent, l'inspecteur lui demanda à tout hasard, avec un air intrigué : - Ne vous a t-elle pas dit qu'elle préférait la clémence d'un jugement à l'acharnement judiciaire ? Le jeune homme le regarda curieusement et n'osa répondre; il s'approchait du corps inanimé et inerte. Francine avait le visage terne et fixe.

- Ne la touchez pas! le prévint Renaud. Lombard recula alors, embarrassé.

C'était poignant de voir deux personnes séparées et déchirées, l'une par la mort, l'autre par le chagrin. Le jeune Théophile Marnier revint, à l'instant, clé en main. Sylvestre l'observa pendant quelques secondes, taciturne et renfrogné. Ils ressortirent tous les trois et Renaud verrouilla la serrure. Il glissa la clé dans sa poche.


Renaud réouvrit la pièce pour laisser les policiers inspecter les lieux. Il retrouva l'autre inspecteur, Fort. Ce dernier se déchargea de l'affaire pour la laisser entre les mains de Renaud -son cher confrère comme il l'appelait. Fort n'était là qu'en tant qu'assistant. Cependant, il constata les faits et commença à faire la liste des évènements ̵Renaud allait devenir fou si son collègue (qu'il ne considérait pas comme tel) était semblable dans ses enquêtes que dans la vie quotidienne; éparpillé et expéditif:

- La jeune fille est dans la pièce, elle ramasse ce cadre, le démolit et elle erre dans cette piècequelques minutes. Son assassin ̵supposons, peut-être était-il avec elle-, se rebelle contre elle, se rebiffe. Il saisit un morceau de verre et l'enfonce dans le coeur de sa victime, puis, par une pulsion vengeresse, il l'étrangle pour s'assurer qu'elle soit bien morte. Il faut une certaine poigne pour étrangler une jeune fille si facilement... -il pointa le cou de la jeune fille-: Voyez, cela a été fait à une main donc je pencherais pour...

- Ne serait-ce pas d'abord qu'il l'étrangle et pour être sûr qu'elle ne se relèvera plus -comme pourbannir le miracle et la résurrection, le retour à la vie-, il plante ce morceau? Voyez, comme dans les contes vampiriques... Théophile Gauthier et d'autres, conjurer le sort, le sceller, proposa le normand avec plus de pondérance.

Fort haussa les épaules, indécis et dubitatif. Il demanda donc au légiste d'évaluer l'heure de la mort afin de passer à autre chose.

- C'est simple, pendant la nuit, début de soirée, commença le médecin, entre neuf heures et dixheures, vu la couleur de la peau. Mort instantanée. Je dirais d'abord qu'elle a été étranglée -strangulation, on voit des écchymoses-, il faudra le confirmer avec l'analyse médico-légale. Cela l'a juste rendue inconsciente. Cela aurait suffit à la tuer -hémorragie interne et asphyxie à long termemais cela aurait été une mort lente et une longue agonie pour la victime. Le morceau de verre utilisé en pieu a servi à accélérer le processus de mort, à apaiser la souffrance du cerveau, du coeur et des poumons. Ça était instantané. Entre la démolition, l'écrasement de l'artère carotide commune et de la veine jugulaire interne, et le moment où elle a été poignardée il y a quelques minutes, plus ou moins, pas plus. Le tout a pris dix minutes maximum, pas plus. La mort est dûe à l'hemorragie en partie sans doute et à la perte de sang non pas l'asphyxie. Il semble qu'il y ait eu de sévères lésions; hémorragie pétéchiale, oedème, cyanose... à vérifier, je vous dirais mieux cela après messieurs...

Fort grimaça.

- Cela signifie que le début de l'assassinat a commencé au plus tard à dix heures moins dix pour sefinir à dix heures, -s'il a pris son temps- en gros? Il n'a pas dû être pressé...

- Oui, confirma le médecin d'un air distrait.

- C'est une immense marge que vous nous décrivez là, docteur! Pour tant de suspects en plus,s'écria Fort, légèrement acariâtre.

- Oui, admit le médecin, je ne peux faire mieux, pour l'instant. Renaud était intrigué par une chose, certainement insignifiante aux yeux de Fort qui détournait déjà le regard vers le médecin légiste pour plaisanter. Le normand ne pouvait détacher son regard d'une chose...

- Embarquez! grommela Fort. Nous verrons au centre médico-légal ce que ce corps veut nous dire.
- Attendez Fort! l'interpella l'autre policier.
Ne remarquez-vous rien de stupéfiant...?

L'autre ne comprit pas:
- ...la main gauche, l'aida Renaud. Fort n'observa rien d'anormal. Renaud lui indiqua ce qui le chiffonnait:
- La main est serrée...
- Renaud! Je vois que vous avez de bons yeux... se moqua le provençal.
- Fort! C'est illogique! Si une personne meurt ses membres se relâchent une fois morte puis, ils sefigent, se rigidifient. Or, ici, la main est serrée comme si au moment où elle est décédée elle tenait encore quelque chose en main.
- Mais quoi? s'enquit l'autre inspecteur en s'avançant vers le cadavre avec un œil curieux


Regardons.

Fort prit des gants et ouvrit la main, il n'y trouva rien. Renaud paraissait déçu et réfléchit un instant:

- Lorsqu'on l'attaquait, elle serrait dans sa main un objet très fermement. L'assassin, une fois morte, remarquant qu'elle tenait quelque chose en main, a retiré cet objet. Sachant que les extrémités se figent plus rapidement que les membres... il a vite enlevé l'objet de la main et a placé le bras à sa manière-; la plus satisfaisante, celle du bras le long du corps-, on peut ne pas le noter et ainsi passer à côté d'un indice. La chose qu'elle avait dans la main incrimine le meurtrier, sans aucun doute, expliqua t-il.

Fort avait l'air ébahi et admiratif; il n'en croyait pas ses oreilles -: lui était plus doué pour les indices apparents et les raisonnements logiques appris par cœur que pour les déductions- mais semblait encore prendre son ami Renaud pour un sot.

- Passons alors au crible fin les chambres de chaque personne de l'hôtel... se décida Renaud.

- ...susceptibles de l'avoir tuée, finit le provençal. Tout le monde ne lui voulait pas de mal heureusement.

- Vous commencez à me ressembler...

- Oh! Diantre! non, pas du tout mon ami, railla immédiatement son homologue.

Il l'avait prononcé un peu rudement, ce qui heurta la sensibilité du normand. Renaud garda un sourire narquois aux lèvres et rétorqua d'un air outrecuidant:

- C'était de l'humour mon cher...

Fort eut un sourire acide, puis ils sortirent et descendirent ensemble l'escalier.

-Il est possible que n'importe qui l'ait tuée, lâcha Fort, une fois la boutade digérée. Il faudrait êtresûr que notre meurtrier ne soit pas un inconnu.

- Evidemment, en majorité tout le monde était éveillé... y compris les jeunes conviés à la fête,reconnut Renaud. Je ne vais pas vous cacher que j'étais dans ma chambre entrain de lire Poignard à double tranchant d'Anita Rietsihc. Ce livre est une fureur, je vous le conseille vivement.

- Pourquoi lisiez-vous ce livre? s'interrogea le provençal, interloqué et surpris.

- Avant hier, la soirée était une soirée d'enquête. Le scénario choisi était Poignard à double tranchant, répondit avec un large sourire aux lèvres son interlocuteur. Bien que je trouve cela pas du tout approprié aux jeunes-dans la psychologie des personnages je parle-, ils ne savent pas investir un personnage et ne comprennent pas l'enjeu, enfin,...

- Nous passons du coq à l'âne, remarqua Fort.

Les deux inspecteurs étaient du même signe astrologique: gémeaux; la discussion pouvait alors commencer par un meurtre et atterrir à sa fin sur la recette des œufs brouillés de grand-maman. Ils se mirent d'accord; ils allaient mener la même enquête mais avec une méthode différente: Fort interrogerait les jeunes personnes inconnues à la victime et Renaud, les autres; Théophile Marnier, Sylvestre Lombard, Agathe Geoffroy et le directeur du château. Il les connaissait bien pour les avoir côtoyés et étudiés pendant trois jours. Agathe Geoffroy, il avait pu l'examiner plus longtemps. Ce n'était pas un meurtre banal, certes, il avait été certainement commis de sang-froid mais Renaud ne comprenait pas pourquoi cette mise en scène théâtrale, majestueuse, grandiose, pittoresque, épique, dramatique et tragique. Il aurait suffit et il aurait été plus rapide et simple de prendre un couteau et de la poignarder avec. Mais pourquoi ce tableau extraordinaire, peu anodin?

Cela prenait un air céleste et divin avec ce pieu transparent comme du cristal, en forme d'éclair. Comme l'avait dit Théophile Marnier, c'était une œuvre d'art.

- Elle a dû se changer avant de venir dans cette chambre, continua Renaud en descendant lesescaliers du deuxième avec Fort.

- En effet, oui... c'est étrange, poursuivit l'autre

- Le plus saugrenu c'est qu'elle était pieds nus. Est-ce elle qui s'est mise pieds nus ou son assassin?

- L'assassin voyons, Renaud, s'échauffa le second. C'est évident, sinon cela serait insolite!

- Non... appuya le normand, pourquoi s'est-elle changée? Un rendez-vous amoureux? J'en doutefort, elle était une jeune fille ombrageuse et méfiante.

- Ne cherchez pas, c'est le meurtrier, renchérit Fort.

- Je ne pense pas que ce soit singulier.

- Mais...

- Non, monsieur l'inspecteur de Digne-les-Bains. C'est elle qui s'est habillée ainsi, affirma Renaud.Ce qui me taraude l'esprit ce n'est pas qui l'a habillée comme cela, non... mais pourquoi?

- Comment pouvez-vous être si catégorique? s'étonna l'autre. Vous ne lisez pas dans ses penséestout de même?

- Fort,... je l'ai vue, fit le premier, dépité. Je ne dormais pas. C'est elle qui m'a sorti de ma rêverie.Ma fenêtre à une vue sur l'aile Sud. Je ne pourrais affirmer si c'était elle. Je lisais près de ma fenêtre face à cette aile, j'aime bien lire avec une vue sur quelque chose, un paysage... Une seconde, mon regard s'est posé sur l'étage supérieur, elle portait la jupe-tailleur qu'elle portait pendant la soirée. Je sais dans quelle chambre elle se rendait, dans celle où son corps a été retrouvé. Il était -il me semble- neuf heures moins le quart. Le médecin légiste a déclaré qu'elle était morte après neuf heures donc c'était bien elle. A neuf heures, un quart d'heure plus tard, elle se rendait à nouveau làbas. On peut prédire qu'on l'a tuée à ce moment précis, soit la personne dans cette robe noire allait la tuer, soit dans cette robe c'était bien elle, donc, elle allait droit vers son bourreau.

- Et si elle était morte dans sa chambre, imagina Fort, peut-être aurait-on déplacé son corps,inconsciente à cause de l'étranglement puis, se réveillant on la frappe au cœur? La personne déguisée en elle suit, pour faire croire qu'elle est encore vivante, va au rendez-vous, échange les vêtements. Dans ce cas, il y aurait un complice au moins.

- Non, non, non! s'énerva Renaud. Vous m'embrouillez. Je sais que vous aimez les histoireschevaleresques mais cela n'aurait pas de sens. Pourquoi l'amener là-bas? Pourquoi lui changer ses vêtements? Pourquoi la tuer? Pourquoi cette médaille -supposons- dans sa main? Pourquoi ces pleurs apparents sur son visage?

- Parce que vous croyez que ça a du sens le fait qu'elle soit pieds nus? riposta l'autre, lui aussi encolère.

Renaud fit bonne figure, il apaisa les tensions:

- Bien sûr que non. Mais si nous pouvons expliquer le plus de choses,... c'est notre but, non?Fort s'emmêlait les pinceaux. Il préférait que Renaud géra la situation.

[...]