Salomé signifie paix en hébreu, Eve, source de vie et Astraia signifie en grec "la fille-étoile". Dans la mythologie grecque, Astrée est envoyé par son père, le dieu Zeus, sur Terre pour répandre justice et vertu. C'est la dernière immortelle à vivre parmi les hommes. Elle finira par quitter la Terre à l'âge de fer, voyant l'humanité sombrer dans la dégénérescence et le malheur. Au Ciel, elle deviendra constellation, celle de la Vierge.
Connaître Astraia est un questionnement. C'est raconter au travers d'une histoire d'amour particulière, une métaphysique d'un absolu, celui de l'amour, parfois mystique, et de la liberté qui triomphe face aux malheurs.
C'est aussi l'histoire d'une jeune fille, peut-être une sorte d'Astraia, enfermée dans un asile car considérée comme folle par la société, notre société occidentale des années 50, hyper rationaliste, déterministe et cartésienne.
C'est la quête d'un homme à la recherche de la justice pour celle qu'il aime et d'un sens à sa vie, d'une source, de paix intérieure et d'un amour au-delà de la physique, pur et absolu. Peut-être est-ce ce que tout être humain désire atteindre?
a la rechercher de la Salomé et d'Eve
Passionnée d'art, de cinéma, de théâtre, de littérature, de philosophie, de langues étrangères...
Typhaine s'intéresse depuis très jeune à l'écriture qui lui sert en quelques sortes à exprimer des sentiments, des réfléxions. Enfant ayant vécu dans un milieu social modeste, difficile, elle a d'abord pris l'écriture comme un pur moyen d'expression, d'émancipation et d'évasion. Un moyen de résilience. En grandissant, elle a laissé maturer des questionnements profonds et philosophiques qu'elle interroge en général dans ses écrits.
Elle apporte un grand intérêt au questionnement, considérant que le travail d'écriture vise tout d'abord à être une introspection et une remise en cause du soi et du moi vers la liberté, un abandon, un oubli, un détachement. Le doute.
Son premier roman publié à l'été 2016 aux Editions Edilivre, La mort, fruit des secrets? estun roman hybride, nourri de diverses influences et univers littéraires; principalement le roman policier, un genre qu'ellea toujours affectionné car il permet de creuser la nature humaine, l'être déchiré entre déterminisme -souvent social-et non-conformisme, indéterminisme et désir d'émancipation, de liberté absolue.
Qu'est-ce que l'absolu de l'amour, de la folie ? L'amour peut-il être libérateur ?
Au travers d'une histoire d'amour autre qu'ordinaire peut-on attribuer un autre sens au mot amour et interroger le sens commun que l'on donne à tout bout de champs à ce mot ? Est-ce que je t'aime comme je m'aime ? C'est quoi aimer sans limite ?
Cet ouvrage trouve sa source dans une profonde interrogation philosophique.
A ceux et celles que j'aime, que j'ai aimé,
A ceux et celles qui m'ont libérée de moi-même, de profondes peurs... grâce à leur amour lumineux.
- J'ai lu vos poèmes, ils sont très beaux, commençai-je.
J'étais assis à côté d'elle, elle demeurait immobile, certainement n'avait-elle pas envie de me parler.
- Il se dégage tant de poésie, de vérité, de maturité dans ce que vous écrivez, de votre bouche, vous me... vous me sidérez, mon oreille en est bercée! m'exclamai-je avec ardeur.
Elle demeura encore silencieuse.
- Pourquoi gardez-vous soudainement ce que vous dites à l'écrit pour vous?
Un silence suivit ma question, je crus qu'elle n'allait jamais ouvrir la bouche. Mais, elle se mit à bouger et lâcha avec un sourire à la fois amusé et gêné:
- Je vous croyais moins naïf que ça pour votre âge, vous avez l'air d'ignorer où l'on est... Je savais pertinemment où l'on se trouvait; dans un hôpital psychiatrique.
***
Ce jour-là, c'était la première fois que je rencontrais Carmélia mais ce n'est pas comme cela que je la connus véritablement; c'est par le biais de ses poèmes tout d'abord puis, de sa voix.
La première fois, je venais tout juste de m'installer dans la région et je ne connaissais pas les alentours.
Je suis quelqu'un de très ancré dans le monde, je travaille notamment pour la banque de mon oncle, c'est lui qui m'a élevé avec ma tante lorsque mon père est parti après que ma mère soit décédée quand elle accouchait de ma petite sœur. Mon père s'est remarié et a eu deux autres enfants, deux garçons, bien plus jeunes que moi, ils doivent avoir dix ans. Je ne suis pas le plus grand, j'ai un grand frère et une grande sœur. Je n'ai plus de nouvelles de mon grand frère depuis que notre père nous a abandonné pour partir aux Etats-Unis, il avait quinze ans. Cela fait plus de vingt ans que je ne le vois plus. Mais je suis resté proche de ma sœur, elle a dix ans de plus que moi, elle est mariée et a déjà deux enfants en bas âge. Elle s'appelle Laure.
Je suis donc un homme actif et qui vit bien. Certains de mes amis, de ceux avec qui j'ai grandi, m'ont suivi dans le Sud, n'ayant pas d'emploi stable; certains d'entre eux ont des parents assez riches qui leur paient encore des vacances; -moi, j'ai dû me débrouiller lorsque mon oncle m'a recueilli- d'autres se font payer des études alors qu'ils n'y vont pas.
Mon meilleur ami est avocat, il s'appelle Paul, l'une de mes amies d'enfance s'appelle Rita et souhaite toute sa vie rester une femme paresseuse et joviale comme elle le dit, et sa meilleure amie -plutôt jeune, pas très intelligente mais très gentille- Adeline, est une femme que je connais depuis quelques années. On est encore des enfants lorsqu'on est ensemble tous les quatre, on ne se préoccupe pas beaucoup du temps qui passe, on peut rester assis toute une nuit dans un bar, à discuter et à boire, à boire, à boire... jusqu'à ce que l'un de nous s'endorme ou bien commence à hurler n'importe quoi. C'est déjà arrivé à Adeline, de temps en temps.
Pour en revenir à Carmélia, la première fois que j'ai fait la rencontre de qui elle était, c'était une fois qui avait failli me coûter cher, au point de m'être mortelle, c'est le cas de le dire.
Je roulais sur une route sinueuse en direction de la ville, à une allure, je dois l'avouer, au- delà du correct, et ce qui m'est arrivé était bien mérité.
Je passais un virage dangereux, bordé d'une haute falaise protégée par un immense flanc rocheux qui se terminait en un rempart. Au moment où je le passai -j'étais d'une humeur massacrante, étant en retard pour un rendez-vous- une pile de feuilles de papiers tomba sur le pare-brise. Surpris, je freinai et braquai violemment à droite préférant éborgner la voiture que mourir dans un précipice.
Je m'arrêtai brusquement, la moitié droite de la carroserie errafflée par le flan de colline. Je sortis, me saisis d'un paquet de feuilles que je regardais sans voir puis, me mis à hurler:
- Et vous en haut! Ca vous dérangerait pas de faire attention aux voitures d'en bas? Non?
Je n'eus pas de réponse et je continuai à m'époumonner, à m'agiter encore un peu. Après quelques secondes, je me tus pour écouter si on me faisait une quelconque excuse. Mais rien, tout ce que je crus percevoir rapidement et que je n'écoutais pas aussitôt, ce fut des sanglots étouffés. Je n'y fis attention seulement quelques secondes puis, repoussai du pied les feuilles tombés au sol, et jettai celles que je tenais en main fermement, après les avoir mises en boule. Puis, je rentrai dans ma voiture et repartai.
La deuxième fois, c'était un dimanche, je marchais -sans le savoir, ce que je sus plus tard- de l'autre côté de ce rempart vertigineux.
C'était une petite route dans le village, au-dessus se trouvait un muret d'environ deux mètres cinquante, trois mètres de haut.
Quelque chose me tomba dessus, je ne sus quoi, j'observai en haut et n'y vis personne. Je me penchai alors et aperçus à mes pieds une feuille de papier manuscrite -je ne reconnus pas immédiatement l'écriture qui m'était vaguement familière-; je pris la feuille dans ma main droite et lus ce qui été écrit avec considération. C'était le poème suivant:
« Que de vivre enfermé dans un monde qui l'étouffe pour vivre libre, l'homme est prisonnier en lui-même et cherche à fuir ce qui lui fait peur, il se réfugie dans ce qu'il connait le mieux; la famille, les amis, le travail, les plaisirs hédonistes qui lui donnent un semblant de rêve doux et beau. Mais, il ignore les vraies souffrances, ce qui font de lui un être de chair et de sang, un être humain, une âme qui, sans amour véritable meurt à jamais, mais meurt déjà sur Terre et mal car incomblé de vérités. »
Je n'avais pas lu sur le moment le poème comme j'aurais dû le faire, je l'avais simplement survolé en le trouvant étrange, niais, naïf; il m'avait fait sourire. Je levai la tête à nouveau pour observer, je n'entendais qu'une plume gratter sur le papier et des chuchotements inaudibles.
Arrivé chez moi, je posai la feuille de papier sur le secrétaire de l'entrée. Puis, le reprit quelques instants plus tard pour le lire vraiment, intrigué et curieux. En vérité, ces mots me restaient en mémoire. Ce que j'y lus m'interrogea et me troubla énormément; il me paraissait qu'on avait pénétré en moi, profondément, et que tout cela était une question qu'on me posait, question que je me posai immédiatement: es-tu heureux? Sais-tu ce que c'est vivre? Et, perplexe en moi-même, la réponse fut non.
La semaine d'après, je me promenais dans la colline, je m'intéressais un peu à la botanique, aux plantes... Cela faisait du bien de marcher dans le vent, d'entendre les oiseaux piailler. J'aimais venir là pour me couper du monde et errer.
Tandis que j'observais l'horizon et la belle vue que l'on avait; j'entendis des bruits de pas ainsi que des soupirs, cela m'étonna car je n'avais jamais croisé quelqu'un ici.
Je m'approchai pour voir d'où provenait ces bruits; de derrière un arbre et une allée de buisson. Je me cachai pour regarder, mais, je ne percevai rien que des mouvements.
Une personne, une voix de femme se mit à réciter un poème que je ne connaissais pas. Elle disait cela avec une voix claire:
- « Ceux qui n'ont pas souffert ne reconnaissent pas la précieuse valeur des choses essentielles, car la vie pour eux n'est que fade, médiocre. Mais s'ils cherchent la liberté de leur être après maintes efforts et souffrances, elle leur apparaîtra lumineuse. Cette liberté, c'est l'amour, cet absolu, qui me l'a offert, et la peine, les douleurs, la mort ne sont que des épreuves. Je suis maintenant libre car cet amour s'est révélé à moi, glorieux, beau et vivant, il n'y a rien de plus vivant que cet amour divin, je ne m'appartiens plus, mon âme est vide, remplie d'amour, un amour au-delà de ce qu'on peut imaginer, au-delà de ce que la raison peut comprendre. C'est en ça que l'amour est surnaturel, on ne le contrôle pas, mais, il nous guide vers un absolu immense qui submerge comme l'océan englouti la Terre. Je m'oublie, mon âme vibre de vivre. Amour, tu es libérateur. Je n'existe plus, je suis transcendée, je n'ai plus aucune immanence en moi-même, tout ce que je suis appartient, s'efface en l'autre, en Toi... »
La voix était apaisante, rassurante, charmante et les mots sublimes, envoûtants, ils résonnaient en moi comme quelque chose que je connaissais de manière lointaine, il me semblait que c'était ce que dirait mon cœur en état d'extase s'il avait pu vraiment aimer. J'avais envie de connaître cela; il me parut que je n'avais jamais aimé à ce point comme le décrivait ce poème qui, à mon avis, avait été écrit par un être véritablement inspiré par l'amour.
La voix était apaisante, rassurante, charmante et les mots sublimes, envoûtants, ils résonnaient en moi comme quelque chose que je connaissais de manière lointaine, il me semblait que c'était ce que dirait mon cœur en état d'extase s'il avait pu vraiment aimer. J'avais envie de connaître cela; il me parut que je n'avais jamais aimé à ce point comme le décrivait ce poème qui, à mon avis, avait été écrit par un être véritablement inspiré par l'amour.
Une autre voix, grave et criarde, m'enleva ce doux songe et m'ôta de cette rêverie mélodieuse.
- Allez viens toi! mugit-elle (c'était une femme).
Et je vis un bras vigoureux se saisir d'un poignet fin et jeune, la jeune femme ne protesta pas et je crus qu'elle se levait docilement.
- Lâche ça! Laisse ça là! recommença l'autre voix.
Quelques feuilles restèrent au sol, parmi les épines de pins et les feuilles de chêne. Je tendis le bras pour saisir un poème et le lus à voix basse:
- « La vie est jonchée d'obstacles, de gens malhonnêtes, malveillants mais le principal est de chercher sa liberté intérieure pour trouver la paix, personne ne pourra vous enlever cette paix en vous, pas même la torture, les injures, les malheurs, le déni, l'abandon. C'est l'amour libérateur qui maintient en vie le désespéré, le malheureux. Amour, liberté, paix en soi donnent la vie, la vraie! Cela vaut le risque d'être appelé, traité de fou, fou de liberté, d'amour, de paix! »
Cela m'émut; je sentais qu'il ne pouvait s'agir que d'un être qui avait bien vécu, un sage indien peut-être, un mystique oriental, tellement cela résonnait fort en moi, quelqu'un d'ordinaire ne pouvait être capable de si belles choses.
Un gémissement strident me fit pénétrer à nouveau dans le monde réel. C'était plus loin. Je levai la tête; une jeune fille traînée par le bras par la mégère de tout à l'heure, hurlait et pleurait comme une gamine dont on aurait refusé un caprice. D'autres gens se trouvait avec eux, que des femmes, pour la plupart habillées drôlement ou bien pauvrement. Le groupe était silencieux.
- Cesse de gémir, sale fille!
Elle était jeune, maigre, blonde et assez belle. Peut-être était-elle la voix que j'avais entendu prononcer ce merveilleux poème! Les autres me paraissaient insignifiantes, pour être sincère, elles étaient de dos et le groupe s'éloignait.
C'était curieux, je ne savais pas qui elles étaient, toutes assez jeunes, entourées de deux-trois vieilles femmes acariâtres et laides.
De retour chez moi, je lisais certains poèmes que j'avais récupéré; moralement, je n'aurais pas pu tous les prendre, c'était malhonnête.
Il se dégageait tant de pureté, d'amour, de vie, d'intelligence de ces poèmes, que je doutais qu'une seule personne aurait pu tous les mémoriser et les réécrire sans aucune rature. L'écriture était libre, vive, on sentait qu'ils avaient été écrits sur le moment, par une main inspirée, un esprit spontané et tourmenté à la fois. C'était forcément l'une des jeunes filles qui écrivait cela.
Plus je les lisais, plus quelque chose en moi s'éclairait, non pas une vérité, mais, un chemin, un vrai chemin s'ouvrait à moi, j'étais curieux de savoir, de connaître pourquoi et qui avait écrit cela. Ces poèmes m'allaient droit au cœur, j'avais l'impression de pénétrer l'intimité d'une personne, son cœur et ce que j'y apercevais me touchait. Je ressentais beaucoup d'empathie, d'amour pour la personne que je voyais au travers de ces poèmes. Je ne sais pas, c'est comme si je devenais cette personne, que tout entier ses poèmes m'attrapaient; corps et âme, ils me captivaient. Je me rendis compte que, de plus en plus, j'avais le désir, la volonté de m'oublier dans ces poèmes, ils me libéraient en quelques sortes de qui j'étais. Oui, peut-être que je me libérais à lire ces mots.
Et je savais, je sentais que cet amour grandissait, je le voulais grand, entier cet amour, qu'il me libère comme il été écrit dans ces poèmes-ci. C'était exactement ce qui m'arrivait, je commençais à aimer une personne que je ne connaissais qu'au travers de ce qui, je pense, lui était le plus intime et cela me plaisait, ravivait en moi une sorte de vie: travailler dans une banque me paraissait absurde, mes amis ressemblaient parfois à des abrutis.
Je me passionnais pour la littérature, la poésie, la philosophie car, parfois, je trouvais des termes assez complexes dans ces poèmes et je ne comprenais pas tout, j'avais le désir d'embrasser absolument ces mots, cette poèsie, de me perdre dedans, de m'y abandonner.
Je perdais un peu plus mon temps à observer ce qui m'entourait, je passais plus de temps dans la colline, peut-être à la recherche de cette fille qui écrivait des poèmes? Dans l'attente de la recroiser et de la voir.
Mais, je ne la revis pas et, une idée me vint, celle de retourner en bas du mur où la deuxième fois, un poème était tombé à mes pieds.
J'entendais un stylo gratter sur du papier et une personne remuer. Quelqu'un se mit à murmurer des phrases qui me bercèrent:
- « Tombée au bas d'un méandre, relevée par l'amour, je vis épanouie, vivante plus qu'aucune autre âme. Plus fort que la mort, plus fort que ce qui blesse, tu m'as montré que l'amour guide vers un ailleurs, vers une vie dépouillée de tout superflu, matérialisme, hédonisme qui pourrissent et réduissent à l'esclavage l'homme prisonnier de lui-même... »
- Que c'est beau, ne puis-je m'empêcher de soupirer à haute voix, les yeux à demi-clos. La voix s'arrêta immédiatement, puis reprit plus bas.